“ Félicitations Hibattalah, vous avez décroché la bourse Fulbright ! “
- Salma El Harrak
- il y a 1 heure
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Hibattalah El Alami, étudiante marocaine et boursière Fulbright, poursuit actuellement un Master of Arts en Communication à Georgia State University, aux États-Unis. À travers son parcours académique et personnel, elle revient sur une expérience marquée par l’exigence universitaire, l’ouverture interculturelle et l’engagement associatif. Sélectionnée dans le cadre de l’un des programmes d’échange les plus prestigieux au monde, elle partage les apprentissages, les défis et les transformations qu’implique une telle immersion, entre ambition professionnelle, adaptation culturelle et attachement à ses racines.

Je me souviens très précisément du moment où j’ai appris que j’étais sélectionnée au programme Fulbright. Il était environ 9 heures du matin lorsque j’ai ouvert, encore à moitié endormie, un email annonçant que j’avais obtenu la bourse. En lisant le mot Congratulations, j’ai ressenti un mélange de soulagement et d’émotion. Ce moment a marqué l’aboutissement d’années de travail et la concrétisation d’un projet académique mûrement réfléchi. La première personne à qui j’ai annoncé la nouvelle a été ma mère.
Être sélectionnée comme boursière Fulbright a profondément marqué mon parcours académique et personnel. Le programme Fulbright, bourse d’excellence financée par le gouvernement des États-Unis en partenariat avec de nombreux pays, vise à promouvoir les échanges académiques et culturels. Pour moi, en tant qu’étudiante marocaine, il représente bien plus qu’un financement : c’est une expérience structurante qui invite à la réflexion, à l’ouverture et à la remise en question.
Tests standardisés, essais personnels et lettres de recommandation
J’ai obtenu la Fulbright Study Grant, qui permet aux étudiants marocains titulaires d’un diplôme post-licence de poursuivre un master aux États-Unis. Je suis actuellement inscrite en Master of Arts en Communication, avec une spécialisation en stratégies des médias numériques, à Georgia State University (GSU), à Atlanta. Mon programme de master repose sur la validation de 36 crédits, généralement répartis sur trois cours par semestre. Les étudiants choisissent eux-mêmes leurs enseignements, dans le respect des exigences académiques.
Les cours prennent la forme de séminaires, de présentations, de travaux réguliers et de discussions en classe, encourageant une participation active et un apprentissage appliqué. J’ai candidaté au programme Fulbright lors de la dernière année de mon master au Maroc, consciente du caractère exigeant du processus de sélection. Celui-ci repose sur le parcours académique, les tests standardisés, les essais personnels et académiques ainsi que les lettres de recommandation. Au-delà des résultats, le programme valorise également le leadership, l’engagement et la capacité à représenter son pays dans un esprit d’échange culturel.
Entre immersion académique et découverte culturelle
Avant mon départ aux États-Unis, l’une de mes principales appréhensions concernait le regard porté sur mon identité. En tant que femme portant le hijab, je craignais d’être confrontée à des préjugés. Si j’ai vécu un incident isolé de propos racistes, mon expérience globale a été largement positive. J’ai, dans l’ensemble, été accueillie avec respect et bienveillance. Mon principal espoir était de tirer pleinement parti de cette expérience et de créer des liens durables, un objectif que j’ai pu atteindre. À Atlanta, je vis dans un logement étudiant hors campus. Mon quotidien s’organise entre les cours, le travail personnel, le sport et la découverte de cette ville que je commence à peine à apprivoiser.
Ce qui m’aide beaucoup, c’est que la vie sur le campus de Georgia State University est particulièrement inclusive. La diversité culturelle m’a permis d’élargir ma compréhension du monde et d’enrichir mes échanges quotidiens. Il m’arrive parfois d’expliquer l’origine de mon pays, comme lorsqu’on m’a demandé si le Maroc se situait dans le sud de la France. Ces situations, drôles et bienveillantes, illustrent les écarts de connaissances, mais elles sont aussi l’occasion de valoriser le Maroc et d’en partager la culture. En parallèle de mes études, je suis activement engagée dans la vie étudiante, notamment au sein de la Fulbright Student Association de Georgia State University, où j’occupe le poste de Media Coordinator. Cet engagement me permet de développer des compétences professionnelles tout en contribuant à des initiatives favorisant le dialogue interculturel.
Regards tournés vers l’avenir
L’éloignement du Maroc se fait davantage ressentir lors des moments symboliques, comme les anniversaires, les célébrations familiales ou les grandes compétitions sportives. Avec la distance, certains détails du quotidien prennent une valeur particulière : la cuisine marocaine, les sons du souk, l’appel à la prière ou encore la possibilité de parler darija après une longue journée. Pour maintenir ce lien, je communique quotidiennement avec ma famille et j’ai emporté avec moi quelques objets symboliques, comme un berrad et de l’amlou.
Cette expérience a contribué à faire évoluer ma perception de l’enseignement supérieur et de mes perspectives professionnelles. L’approche pédagogique des professeurs m’a notamment amenée à envisager une carrière dans l’enseignement.
Actuellement, je candidate à des stages d’été, tout en gardant à l’esprit l’obligation de retour au Maroc après l’obtention de mon diplôme. À long terme, mon objectif est de créer mon propre cabinet de communication. À la jeune étudiante que j’étais, je dirais que la persévérance finit par porter ses fruits. Les parcours ne sont pas linéaires, mais chaque étape contribue à construire la suite.


