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« Un étudiant peut supporter la pression des études, mais pas vivre en tension permanente »

  • Leila Chik
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Ils avancent vite. Trop vite, parfois. Entre les partiels, les stages, les candidatures et l’angoisse diffuse de rater quelque chose, les étudiants composent avec une pression devenue presque ordinaire. Mais à partir de quand le stress dépasse-t-il la simple tension des études pour devenir un signal d’alerte ? Comment savoir si l’on tient, ou si l’on s’épuise ? Hind Bouamar, neuropsychologue, décrypte pour Campus Mag les mécanismes du cerveau, les signes qui doivent inquiéter et les clés pour sortir de la logique de la performance à tout prix.


Hind Bouamar - Neuropsychologue
Hind Bouamar - Neuropsychologue

Quels sont aujourd’hui les principaux facteurs de stress chez les étudiants ?


Aujourd’hui, les étudiants évoluent dans un environnement marqué par une pression quasi permanente. La pression académique, la peur de l’échec et la compétition constituent des sources de stress évidentes. Mais d’autres facteurs viennent s’y ajouter, notamment l’incertitude liée à l’avenir professionnel. Dans un contexte de marché du travail perçu comme instable, beaucoup redoutent de ne pas trouver leur voie ou de faire les mauvais choix d’orientation. Un élément très contemporain renforce également cette pression : la comparaison constante sur les réseaux sociaux. Les étudiants ont souvent le sentiment que tout le monde réussit mieux, avance plus vite, semble plus performant. Cette exposition continue à des trajectoires idéalisées peut fragiliser l’estime de soi et accentuer le stress.


" La pression académique, la peur de l’échec et la compétition constituent des sources de stress évidentes. Mais d’autres facteurs viennent s’y ajouter, notamment l’incertitude liée à l’avenir professionnel "

À cela s’ajoutent parfois des difficultés financières, l’éloignement familial ou encore un sentiment de solitude. D’un point de vue neuropsychologique, il est aussi important de rappeler que le cerveau d’un étudiant est encore en maturation, notamment les régions préfrontales impliquées dans la régulation des émotions et la planification. Cette maturation incomplète peut rendre la gestion du stress plus complexe à cet âge.


Comment différencier un stress “normal” lié aux études d’un trouble nécessitant un accompagnement professionnel ?


Il est essentiel de distinguer le stress ponctuel d’une souffrance plus durable. Le stress “normal” lié aux études est généralement contextuel : il apparaît avant un examen, une présentation ou une échéance importante, puis diminue une fois l’événement passé. En soi, le stress n’est pas problématique. Il peut même être bénéfique, car il mobilise les ressources cognitives et favorise la concentration. En revanche, la situation devient préoccupante lorsque les symptômes s’installent dans la durée et deviennent envahissants. Une anxiété quotidienne, des troubles du sommeil importants, une fatigue persistante, une perte d’intérêt ou de motivation, un isolement social ou encore une baisse durable des performances académiques sont autant de signaux d’alerte.


" Il est essentiel de distinguer le stress ponctuel d’une souffrance plus durable. Le stress “normal” lié aux études est généralement contextuel "

Le critère central reste le retentissement sur le fonctionnement quotidien. Lorsque la souffrance ne disparaît plus après la période de stress et qu’elle impacte la vie personnelle, sociale ou académique, il est important de consulter. Demander un accompagnement ne signifie pas que la situation est grave ; au contraire, cela permet souvent d’éviter qu’elle ne s’aggrave.


Quelles stratégies concrètes recommandez-vous aux étudiants ?


La notion d’équilibre est fondamentale. Il est important d’adopter un planning réaliste, adapté à ses capacités, et d’intégrer de véritables temps de pause. Fonctionner en continu, sans récupération, expose à l’épuisement. La qualité du sommeil joue un rôle central. Le sommeil permet au cerveau de se reposer, de se régénérer, de consolider les apprentissages et de mieux réguler les émotions. Une activité physique régulière contribue également à réduire la tension et à améliorer le bien-être général. Il est tout aussi essentiel d’apprendre à reconnaître ses propres signaux d’alerte et d’oser demander de l’aide avant d’atteindre un état d’épuisement avancé. Le cerveau n’est pas conçu pour fonctionner en tension permanente : il a besoin d’une alternance entre effort et récupération pour maintenir ses capacités sur le long terme.


Les années de césure ou les stages à l’étranger peuvent-ils aider ?


Ces expériences peuvent être extrêmement bénéfiques. Elles permettent souvent de prendre du recul, de clarifier un projet professionnel, de gagner en maturité et en autonomie. Elles offrent aussi un temps de respiration dans des parcours parfois très linéaires et exigeants.

Cependant, chez un étudiant déjà fragile sur le plan émotionnel, une année de césure ou un départ à l’étranger peut accentuer un sentiment d’insécurité ou de décalage. Ce n’est pas l’expérience en elle-même qui pose problème, mais l’état psychologique dans lequel se trouve l’étudiant au moment de s’y engager. Tout dépend donc du contexte personnel et du niveau de stabilité émotionnelle au départ.


" Il est tout aussi essentiel d’apprendre à reconnaître ses propres signaux d’alerte et d’oser demander de l’aide avant d’atteindre un état d’épuisement avancé "

Comment encourager les étudiants à parler de leur santé mentale ?


La première étape consiste à normaliser le sujet. La santé mentale fait pleinement partie de la santé globale. Pourtant, il reste souvent plus simple d’évoquer une fatigue physique qu’une détresse psychologique. Il est donc essentiel de créer des espaces où la parole peut s’exprimer sans jugement.


Cela passe par des actions de sensibilisation au sein des établissements, des campagnes d’information et la présence d’adultes référents formés à repérer les signaux d’alerte. Le message doit être clair : demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse. C’est un acte de maturité et de responsabilité envers soi-même. Plus la parole est libérée tôt, plus il est possible de prévenir les situations d’épuisement profond ou d’isolement sévère.

 
 
 

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