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Pourquoi l’Espagne s’impose dans les choix des étudiants marocains.

  • Photo du rédacteur: Youssef Ziraoui
    Youssef Ziraoui
  • 14 avr.
  • 6 min de lecture

Longtemps perçue comme une alternative discrète, l’Espagne s’impose aujourd’hui comme un choix pleinement assumé chez les étudiants marocains. Entre excellence académique, coûts maîtrisés et ouverture européenne, elle attire une génération en quête d’équilibre et d’opportunités concrètes.



Pendant longtemps, l’Espagne n’occupait pas le devant de la scène dans les projets d’études à l’international. Moins médiatisée que la France, le Canada ou le Royaume-Uni, elle restait souvent en retrait dans l’imaginaire collectif. Mais cette lecture est aujourd’hui dépassée.


Car au-delà de son accessibilité, l’Espagne s’appuie désormais sur des institutions de tout premier plan. Des écoles comme IE University ou ESADE Business School rivalisent désormais avec les meilleures business schools européennes, y compris françaises, et s’imposent dans les classements internationaux. Elles attirent des profils de plus en plus exigeants, sensibles à la qualité académique autant qu’à l’environnement international.


Dans ce contexte, choisir l’Espagne ne relève plus d’un arbitrage par défaut, mais bien d’une stratégie réfléchie. Coûts plus maîtrisés, accès simplifié, qualité de vie, et surtout intégration dans un espace européen dynamique : Madrid, Barcelone ou Valence s’imposent comme des destinations cohérentes pour des étudiants qui cherchent à conjuguer ambition académique et pragmatisme.


Une tendance que confirment les chiffres. Selon les données du ministère espagnol des Universités, environ 11 300 étudiants marocains étaient inscrits dans l’enseignement supérieur espagnol en 2022-2023, contre près de 8 100 en 2017-2018, soit une progression de plus de 39 % en cinq ans. Le Maroc figure désormais parmi les cinq premières nationalités étrangères dans les universités espagnoles, aux côtés de l’Italie, de la Colombie, de la Chine et de l’Équateur.


À l’échelle globale, l’Espagne confirme son attractivité croissante. Le pays accueille aujourd’hui plus de 224 000 étudiants internationaux, contre environ 150 000 en 2015, soit une hausse de près de 50 % en moins d’une décennie. Selon l’OCDE et le rapport Education at a Glance, l’Espagne s’impose désormais comme l’une des principales destinations d’études en Europe, notamment grâce à la croissance rapide de ses programmes internationaux. « L’Espagne combine une offre académique diversifiée, une qualité de vie élevée et des coûts relativement compétitifs », souligne l’organisation.


Une présence marocaine en forte progression

La dynamique est particulièrement visible dans certaines régions espagnoles. La Catalogne, Madrid et l’Andalousie concentrent plus de 60 % des étudiants marocains. À Barcelone, l’Universitat de Barcelona et l’Universitat Autònoma de Barcelona accueillent plusieurs milliers d’étudiants internationaux, dont une part croissante de Marocains. À Madrid, l’Universidad Complutense, l’une des plus grandes universités d’Europe avec plus de 80 000 étudiants, constitue un pôle majeur d’attraction.


Cette progression s’inscrit dans une transformation plus large des mobilités étudiantes marocaines. Si la France reste la première destination avec environ 45 000 étudiants marocains, selon Campus France, la part des étudiants se dirigeant vers d’autres pays européens augmente régulièrement. Entre 2015 et 2022, la mobilité marocaine vers l’Espagne a progressé presque deux fois plus vite que vers la France. La proximité géographique joue un rôle déterminant. Près de 1,5 million de Marocains résident en Espagne selon l’Institut national de statistique espagnol (INE), ce qui facilite l’intégration sociale et administrative des nouveaux arrivants. « L’Espagne constitue souvent une porte d’entrée vers l’Europe pour les étudiants marocains », souligne le ministère espagnol de l’Inclusion.


Des universités attractives et des coûts maîtrisés

L’un des principaux atouts de l’Espagne reste le coût des études, nettement inférieur à celui des pays anglophones. Dans les universités publiques, les frais de scolarité varient généralement entre 700 et 2 500 euros par an en licence, et entre 1 500 et 3 500 euros en master. Dans certaines régions comme l’Andalousie, les frais peuvent même descendre en dessous de 1 000 euros par an. Le pays compte aujourd’hui 83 universités, dont 50 publiques, pour près de 1,7 million d’étudiants. Certaines institutions se distinguent dans les classements internationaux : l’Universitat de Barcelona figure régulièrement dans le top 200 mondial (classement Shanghai), tandis que l’Universidad Autónoma de Madrid et l’Universitat Pompeu Fabra sont reconnues pour leurs performances en économie et en sciences sociales.


Au-delà des frais d’inscription, le coût de la vie reste un facteur déterminant. Selon le portail Study in Spain, un étudiant doit prévoir entre 800 et 1 100 euros par mois à Madrid ou Barcelone, et entre 600 et 900 euros dans des villes comme Valence, Grenade ou Séville. Le logement représente en moyenne 40 à 60 % du budget mensuel. À Barcelone, le prix moyen d’une chambre en colocation dépasse désormais 500 euros, en hausse de près de 30 % depuis 2018.

Une accessibilité déterminante

Contrairement à l’Allemagne ou aux pays anglophones, l’Espagne offre un avantage décisif : la langue. L’espagnol, deuxième langue la plus parlée au monde en nombre de locuteurs natifs (près de 500 millions), est relativement accessible pour les étudiants marocains. Selon le ministère marocain de l’Éducation, l’apprentissage de l’espagnol progresse fortement dans le secondaire, notamment dans le nord du pays. Cette proximité linguistique constitue un levier important d’attractivité. D’autre part, plus de 1 000 programmes universitaires sont désormais proposés en anglais en Espagne, en particulier au niveau master, selon le portail Study in Spain. Toutefois, la maîtrise de l’espagnol reste essentielle pour l’intégration professionnelle.


Les démarches administratives constituent également un facteur d’attractivité. Comparée à d’autres destinations européennes, l’Espagne propose un cadre relativement lisible pour les étudiants internationaux. Pour obtenir un visa étudiant, les autorités exigent notamment une preuve de ressources financières équivalente à 100 % de l’IPREM (Indicador Público de Renta de Efectos Múltiples), soit environ 600 euros par mois en 2024, ce qui représente un budget annuel d’environ 7 200 euros. Un seuil nettement inférieur à celui exigé en Allemagne ou au Royaume-Uni, où les garanties financières dépassent souvent les 10 000 euros.


À cela s’ajoutent plusieurs documents classiques : une lettre d’admission dans un établissement reconnu, une assurance santé couvrant l’ensemble du séjour, un certificat médical et un extrait de casier judiciaire. Une fois sur place, les étudiants doivent demander la Tarjeta de Identidad de Extranjero (TIE), un titre de séjour qui leur permet de résider légalement en Espagne pendant la durée de leurs études.


Depuis la réforme migratoire entrée en vigueur en 2022, les conditions ont été assouplies pour favoriser l’attractivité du pays. Les étudiants étrangers peuvent désormais travailler jusqu’à 30 heures par semaine pendant leurs études, contre 20 heures auparavant. Ils peuvent également prolonger leur séjour après l’obtention de leur diplôme, notamment via une autorisation de recherche d’emploi ou de création d’entreprise, valable jusqu’à 12 mois.


« L’objectif est de faciliter la transition entre études et insertion professionnelle », précise le ministère espagnol de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations. Dans un contexte de concurrence accrue entre pays européens pour attirer les talents internationaux, cette simplification des démarches constitue un levier stratégique pour l’Espagne.


Au-delà des études, l’Espagne séduit par sa qualité de vie. Le pays est régulièrement classé parmi les destinations offrant le meilleur équilibre entre coût de la vie et bien-être étudiant, selon plusieurs enquêtes européennes. Barcelone incarne cette attractivité. Avec plus de 200 000 étudiants et plus de 20 % d’internationaux dans certaines universités, la ville est l’un des principaux hubs universitaires d’Europe du Sud. Madrid, qui concentre à elle seule plus de 300 000 étudiants, combine poids académique et opportunités professionnelles. Des villes comme Valence, Séville ou Grenade attirent également de plus en plus d’étudiants internationaux. À Grenade, par exemple, les étudiants représentent près d’un quart de la population locale, ce qui en fait l’une des villes universitaires les plus denses d’Espagne.


Un enjeu économique pour l’Espagne

Comme d’autres pays européens, l’Espagne cherche à attirer davantage d’étudiants internationaux pour répondre à ses besoins économiques. Le pays fait face à des défis structurels, notamment en matière d’emploi qualifié et d’innovation. Depuis la réforme de 2022 sur l’immigration, les étudiants étrangers peuvent travailler jusqu’à 30 heures par semaine et obtenir plus facilement un permis de séjour après leurs études. Ils disposent notamment d’un délai de 12 mois pour chercher un emploi ou créer une entreprise.


Selon le ministère espagnol des Universités, l’objectif est clair : « renforcer l’attractivité internationale de l’Espagne et favoriser la rétention des talents formés sur son territoire ». À l’échelle européenne, la concurrence s’intensifie. D’après la Commission européenne, le nombre d’étudiants internationaux dans l’Union européenne a augmenté de plus de 25 % en dix ans. Dans ce contexte, l’Espagne mise sur un positionnement spécifique : accessibilité, qualité de vie et ouverture internationale.


Pour les étudiants marocains, l’Espagne apparaît ainsi comme une destination accessible mais stratégique. Moins élitiste que certaines destinations, parfois moins reconnue à l’international, elle offre néanmoins un équilibre attractif : des études de qualité, un coût raisonnable et une insertion progressive dans l’espace européen. Dans un contexte de diversification rapide des mobilités étudiantes, cette combinaison pourrait bien confirmer la place de l’Espagne comme l’un des pôles majeurs pour les étudiants marocains dans les années à venir. 


 
 
 

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