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“ Nous refusons que l’enseignement français à l’étranger devienne un système réservé à une minorité ”

  • Leila Chik
  • il y a 55 minutes
  • 5 min de lecture

À partir de la rentrée 2026–2027, les familles du réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger vont devoir faire face à une hausse sans précédent des frais de scolarité, qui, selon les projections, peut représenter jusqu’à 10 000 dirhams supplémentaires par an et par élève lorsque l’on cumule les différents prélèvements et nouveaux droits. Cette augmentation, actée lors du conseil d’administration de l’AEFE le 18 décembre 2025, s’accompagne de l’instauration de droits d’inscription annuels, une première dans le système. Afin d’y voir plus clair, Moulay Driss El Alaoui, président de l’Union des Conseils de Parents d’Élèves (UCPE/FCPE Maroc), revient pour Campus Mag sur les mécanismes à l’origine de ces hausses et leurs effets sur les familles.


Au Maroc, les manifestations contre la hausse des droits d’inscription et des frais de scolarité dans le réseau AEFE sont fréquentes. ©ABDELHAK SENNA / AFP
Au Maroc, les manifestations contre la hausse des droits d’inscription et des frais de scolarité dans le réseau AEFE sont fréquentes. ©ABDELHAK SENNA / AFP

Pouvez-vous expliquer le contexte budgétaire et institutionnel qui a conduit à l’augmentation des frais de scolarité dans les établissements AEFE au Maroc, ainsi qu’à l’instauration de nouveaux droits d’inscription annuels ?


L’augmentation récente des frais de scolarité dans les établissements du réseau AEFE au Maroc s’inscrit dans un contexte budgétaire et institutionnel plus large, qui dépasse largement le cadre local. Elle concerne en réalité l’ensemble du réseau de l’enseignement français à l’étranger. Il faut d’abord rappeler que le modèle économique de l’AEFE repose historiquement sur un financement mixte : une contribution de l’État français, complétée par la participation financière des familles. Cet équilibre a permis pendant des décennies d’assurer à la fois la pérennité du réseau et un haut niveau d’exigence pédagogique.


Qu’est-ce qui a changé ? 


Depuis plusieurs années, ce modèle est soumis à de fortes tensions. La principale évolution récente concerne le financement des pensions civiles des personnels détachés, c’est-à-dire les retraites des enseignants fonctionnaires français exerçant dans les établissements en gestion directe. Lors du Conseil d’administration du 18 décembre 2025, il a été acté que ces charges seraient progressivement transférées vers les établissements : 35 % dès 2026, puis 50 % à partir de 2027. Ce choix marque une rupture importante, puisque ces charges relevaient jusqu’ici principalement de la responsabilité de l’Etat français. Leur transfert entraîne mécaniquement une hausse des dépenses de fonctionnement des établissements, qui se répercute ensuite sur les frais de scolarité. Les projections évoquent aujourd’hui des augmentations annuelles comprises entre 6 % et 9 % sur les trois prochaines années. Et qui restent conditionnés par la situation budgétaire de l’AEFE qui risque de s’aggraver. 

Dans ce contexte, certains établissements ont également instauré ou renforcé des droits d’inscription, qu’ils soient initiaux ou annuels. Ces dispositifs visent officiellement à sécuriser les ressources financières face à la hausse des charges structurelles. Mais ils sont fortement contestés par les familles, car ils s’ajoutent aux frais existants sans lien toujours perceptible avec une amélioration visible des conditions d’enseignement.


Concrètement, à quoi correspondent ces nouveaux droits d’inscription et comment s’articulent-ils avec les frais déjà existants pour les familles ?


Ces nouveaux droits d’inscription constituent des frais supplémentaires qui viennent s’ajouter à des frais de scolarité déjà élevés. Présentés comme des contributions destinées à financer des investissements ou à sécuriser l’équilibre financier des établissements, ils servent aussi, dans les faits, à compenser le désengagement progressif de l’État français sur certaines charges historiques. Le point essentiel, pour les familles, est que ces droits ne remplacent aucun dispositif existant : ils s’additionnent. Il en résulte une augmentation continue du coût global de la scolarité, souvent sans amélioration clairement identifiable du service rendu.


Vous considérez que cette situation pose un double problème…


Absolument. D’une part, une question de lisibilité : les familles peinent à comprendre précisément ce que financent ces nouvelles contributions. D’autre part, une question d’équité, car le poids financier de l’enseignement français à l’étranger repose de plus en plus sur les familles, ce qui fragilise la mixité sociale et transforme progressivement un service public éducatif en un modèle de moins en moins accessible.


Plusieurs parents évoquent une hausse cumulée pouvant atteindre environ 10 000 dirhams par an et par enfant. Comment l’UCPE/FCPE évalue-t-elle l’impact de cette évolution sur les familles, notamment celles de la classe moyenne ?


L’UCPE/FCPE Maroc exprime une vive préoccupation face à ces hausses cumulées. Dans plusieurs établissements, l’augmentation globale peut effectivement atteindre environ 10 000 dirhams par an et par enfant, soit une progression proche de 10 % du coût annuel de la scolarité. Pour les familles de la classe moyenne, l’impact est considérable. Une famille ayant deux ou trois enfants scolarisés dans le réseau peut ainsi supporter une charge supplémentaire annuelle comprise entre 20 000 et 30 000 dirhams, sans compter les frais annexes. Ce niveau d’augmentation constitue un véritable choc budgétaire.

Au-delà des chiffres, le risque est structurel : celui de voir une partie des familles historiquement ancrées dans le réseau se détourner progressivement de l’enseignement français, faute de pouvoir suivre cette trajectoire inflationniste. À terme, c’est la mixité sociale et culturelle, l’un des fondements du modèle AEFE, qui est menacée.


Comment les sommes supplémentaires perçues seront-elles utilisées, et quels mécanismes existent pour garantir la transparence de leur affectation ?


Officiellement, les sommes supplémentaires perçues sont destinées à compenser certaines charges transférées par l’État et à financer des investissements pédagogiques ou immobiliers. Mais dans la pratique, la lisibilité reste insuffisante. Les documents budgétaires transmis aux représentants des parents ne permettent pas toujours de distinguer clairement ce qui relève du fonctionnement courant, des projets pédagogiques ou du financement de charges structurelles. Cette opacité alimente un sentiment de défiance.

L’UCPE/FCPE estime indispensable de renforcer les mécanismes de transparence : accès à des budgets détaillés, suivi précis des projets financés, et consultation systématique des représentants des familles avant toute décision financière majeure. Sans ces garanties, les hausses de frais risquent d’être perçues comme arbitraires, fragilisant durablement la relation de confiance entre établissements et communautés éducatives.


Quelle est la vision de l’UCPE/FCPE pour l’avenir de l’enseignement français au Maroc ?


Pour l’UCPE/FCPE, l’enjeu dépasse largement la seule question budgétaire. Il s’agit de préserver un modèle éducatif accessible, de qualité et fidèle à sa mission de service public, en particulier pour les établissements en gestion directe. Sur le plan de l’accessibilité, nous refusons que l’enseignement français à l’étranger devienne un système réservé à une minorité capable d’absorber des hausses répétées. Des mécanismes d’aide plus clairs et plus adaptés à la classe moyenne doivent être mis en place.

Concernant la qualité de l’enseignement, celle-ci repose autant sur les infrastructures que sur la stabilité des équipes pédagogiques, le maintien des personnels détachés et l’accompagnement éducatif. Le transfert de charges ne doit en aucun cas se faire au détriment de cette qualité, qui fait la réputation du réseau. Enfin, le dialogue avec les parents doit être profondément renforcé. Transparence, concertation et participation ne peuvent plus être accessoires. Elles doivent devenir des piliers de la gouvernance.


Peut-on craindre de nouvelles hausse des frais de scolarité à tout moment, faute de visibilité sur les années à venir ? 


À ce jour, aucune trajectoire pluriannuelle claire n’a été communiquée, et cette absence de visibilité est extrêmement préoccupante. Elle empêche les familles d’anticiper leurs engagements financiers sur le moyen terme. L’UCPE/FCPE appelle à la mise en place de projections financières sur trois à cinq ans, accompagnées d’une communication régulière et transparente. Cette démarche est essentielle pour restaurer la confiance et préserver l’accessibilité du réseau. Sans cette visibilité, le risque est clair : une remise en cause progressive de la mixité sociale, de l’attractivité et de la mission de rayonnement éducatif et culturel de l’enseignement français au Maroc.


 
 
 

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