“ Le concept de “former des diplômés” qui connaissent la théorie mais ne savent pas faire grand chose est obsolète. ”
- Youssef Ziraoui

- il y a 2 heures
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Créée en 2020, en pleine période de crise sanitaire, l’École IT a lancé simultanément ses premiers campus à Orléans, Valenciennes et Bruxelles, avant d’étendre son implantation à Amiens en 2024. Ce développement s’est opéré dans un contexte marqué par les restrictions liées au Covid-19, qui ont bouleversé les modes de recrutement des étudiants et l’organisation de l’enseignement supérieur. Dans cet entretien, Nady Bilani, Directeur de l’international, revient sur les conditions de lancement de l’établissement, ses choix pédagogiques axés sur la pratique et l’alternance, ainsi que sur le développement progressif de l’école en France et en Belgique.

L’École IT a vu le jour en pleine période Covid, un moment particulièrement incertain pour l’enseignement supérieur. Comment le projet a-t-il pris forme dans ce contexte, et comment les fondateurs ont-ils relevé ce pari ?
Effectivement le lancement de l’école a été décidé l’été 2020, en pleine période covid. La 1ère période de confinement était terminée. Nous étions encore en pério
de où des mesures strictes s’imposaient, comme le respect des distances de sécurité et la nécessité de limiter les déplacements, mais à l’époque nous ne pouvions pas imaginer que d’autres vagues allaient suivre et compliquer les choses.
Et la suite s’avéra pour le moins sportive : le 30 octobre 2020, 2 jours avant la rentrée des classes, le confinement général était décrété en France et en Belgique! Nous avons donc dû basculer en catastrophe sur des cours en distanciel, avec toute la complexité qui en découle, en particulier dans une école jeune dont les étudiants ne connaissaient même pas leurs locaux!
Au lancement, quels ont été les principaux obstacles à surmonter pour installer la crédibilité de l’école : recrutement, entreprises partenaires, reconnaissance académique, financement ?
Les défis ont été nombreux au démarrage. Probablement le plus important a été celui du recrutement. Les salons étudiants étaient interdits. Les journées portes ouvertes et autres évènements destinés à permettre aux futurs étudiants de rencontrer les écoles pour faire leur choix en connaissance de cause impossibles.
Nous avons dû nous rabattre sur les médias sociaux pour communiquer et nous faire connaître. En Europe, la publicité vers les mineurs étant interdite; nous avons eu d’énormes difficultés à toucher les lycéens. Par contre à l’international nous sommes parvenus à toucher un public important, qui souhaitait recevoir des informations sur des formations en France et Belgique, et qui avait du mal à en trouver.
Par ailleurs nous avons démarré simultanément à Bruxelles, Orléans et Valenciennes. Nous avons donc dû gérer en même temps la recherche de locaux dans les 3 villes. Comprendre le fonctionnement des directions académiques qui, bien entendu, fonctionnent avec des exigences différentes d’une ville à l’autre, même au sein d’un même pays! Recruter des responsables de campus et référents pédagogiques dans chaque ville. Etc…
Au fond, ça a été un beau défi entrepreneurial, reflet de l’identité de l’école et de la culture de ses fondateurs. Approche entrepreneuriale sans laquelle l’école n’aurait jamais décollé!
En quelques années seulement, vous avez ouvert plusieurs campus en France et en Belgique. Comment parvient-on à déployer aussi rapidement un réseau d’écoles sans diluer la qualité pédagogique ?
L’école offre actuellement aux étudiants de choisir parmi 4 campus en France et en Belgique. Aux 3 premiers campus, d’Orléans, Valenciennes et Bruxelles ouverts en 2020 s’est rajouté le campus d’Amiens ouvert à l’automne 2024.
La volonté de l’école est d’offrir l’accès à sa formation dans des villes de taille intermédiaire où il y a un besoin important d’augmenter l’offre de formation dans le domaine du numérique, et où il y a par conséquent un accueil plus favorable de la part du monde de l’entreprise qui cherche des stagiaires et alternants.

D’autre part, l’école a à cœur de proposer une formation de qualité, pratique, répondant aux besoins des entreprises. Nous sommes profondément convaincus que cela passe par une pédagogie vivante, active, avec de nombreux travaux de groupes, des ateliers, et une grande proximité entre formateurs et étudiants. Cela nous a conduit à choisir une taille de classe de plus ou moins 20 étudiants qui permet à la fois d’avoir une bonne dynamique de groupe et en même temps, la possibilité pour les formateurs de connaître chaque étudiant et d’être attentifs à leur apprentissage. Cette proximité maximise la qualité de l’apprentissage. Le succès de l’école nous a amené à avoir rapidement des classes pleines, en particulier sur notre campus d’Orléans. Dans ces cas, dans un premier temps nous dédoublons les classes. Et dans un second temps cela nous amène à élargir notre offre en ouvrant un nouveau campus, comme nous l’avons fait à Amiens.
Nous sommes profondément convaincus que cela passe par une pédagogie vivante, active, avec de nombreux travaux de groupes, des ateliers, et une grande proximité entre formateurs et étudiants.
Cette approche nous permet d’avoir des campus à taille humaine. Aucun campus ne dépasse les 200 étudiants. Nous pouvons ainsi garantir la qualité pédagogique, et éviter d’être dépassés par la croissance, tout en multipliant les campus qui collaborent bien entendu, mais qui ont une certaine autonomie de fonctionnement avec leur équipe locale.
Vos diplômes sont aujourd’hui reconnus via des titres RNCP. Envisagez-vous d’autres formes de reconnaissance institutionnelle à terme — accréditations, partenariats universitaires, modèle plus proche des écoles d’ingénieurs — ou assumez-vous un positionnement volontairement plus agile et professionnalisant ?
Lors de la création de l’école nous avons été confrontés à la question du diplôme que nous délivrerions. Issus du monde de l’entreprise, nous souhaitions une formation pratique, répondant aux exigences du monde du travail. Cela nous a orienté vers les titres RNCP supervisés par France Compétence qui nous permettaient de délivrer une formation en phase avec nos convictions et les attentes des entreprises plutôt qu’à celles d’un cahier des charges académique qui garantit une qualité théorique de formation, mais pas l’adéquation avec la réalité du terrain. Pour pouvoir offrir un diplôme reconnu dès notre 1ère année d’existence, nous avons conclu des partenariats avec d’autres écoles pour utiliser leur titre, mais avec notre démarche pédagogique. Notre choix assumé était de nous concentrer sur l’opérationnel et le fonctionnement de l’école dans un 1er temps, et de développer des partenariats.
Aujourd’hui les choses évoluent. Les innovations dans le domaine du numérique avec en particulier l'Intelligence Artificielle Générative et l’arrivée de l’Informatique Quantique révolutionnent complètement notre secteur. Les pratiques professionnelles évoluent, avec un besoin moindre de personnes sachant programmer et ne maîtrisant qu’un langage ou une technologie, et par contre de plus de personnes capables de gérer des architectures complexes exigeant des compétences multidisciplinaires. Et de l’autre côté, le monde de la formation est à l’aube d’une remise en question profonde des pratiques pédagogiques, l’IA pouvant déjà remplacer les manuels et les formateurs dans un certain nombre de domaines, mettant une pression croissante sur les formateurs pour amener une valeur ajoutée supérieure. Dans notre volonté de rester à l’avant-garde, nous travaillons maintenant sur nos propres titres qui nous permettraient d’avoir plus d’agilité et de capacité à nous adapter à cet environnement mouvant, et d’offrir à nos étudiants une formation de pointe.
Votre pédagogie est très orientée pratique et alternance. Qu’est-ce que cela change concrètement dans le quotidien des étudiants par rapport à une formation informatique plus classique ?
Notre pédagogie s’inspire fortement de ce qui se fait dans le monde professionnel. Celui-ci utilise des approches pédagogiques qui s’appuient sur l’expérientiel, sur la découverte par l’apprenant et sur la mise en pratique permanente des acquis. Le concept de “former des diplômés” qui connaissent la théorie mais ne savent pas faire grand chose est obsolète : aujourd’hui il faut “former des professionnels” qui savent faire des choses dès leur 1er jour de travail !!!
Cela nous amène à concevoir notre approche pédagogique pour les cours sous des formes multiples qui toutes tournent autour du principe de mise en pratique des acquis, avec des projets pour valider les acquis.
Et pour compléter et renforcer cette démarche, nous estimons que les stages et les alternances sont l’un des meilleurs outils pour consolider les acquis. Ainsi nos diplômés peuvent se présenter devant les recruteurs avec un portefeuille de réalisations sur lesquelles ces recruteurs peuvent s’appuyer pour prendre leurs décisions.

Pour rendre cela possible, nous avons pris plusieurs initiatives : nous renforçons progressivement les formations dans les soft skills, de façon à permettre à nos étudiants d’être plus convaincants lors des entretiens ; sur chaque campus, 1 ou plusieurs personnes sont dédiées aux contacts entreprises, de façon à offrir à nos étudiants des offres d’alternance et des évènements sont organisés avec des entreprises pour offrir des opportunités de rencontre avec nos étudiants.
Le Maroc semble être devenu un vivier important pour l’école. Pourquoi ce marché occupe-t-il une place stratégique dans votre développement ?
Nous reformulerions volontiers cette question en disant que le Maroc est de plus en plus important pour l’école, et aussi l’école est de plus en plus intéressante pour les marocains !
Cette évolution est assez naturelle car l’école-it n’offre de formation que dans le domaine du numérique. Or nous constatons qu’au Maroc, beaucoup plus que dans d’autres pays, il y a une forme d’affinité pour la logique algorithmique, prédisposant les jeunes marocains à être très adaptés à un parcours en informatique. D’autre part, la formation scolaire marocaine a une grande proximité avec les standards français, facilitant l’intégration des jeunes marocains dans les cursus français. La connaissance du français facilite également les choses.
D’autre part, le Maroc s’impose de plus en plus comme un acteur important de l’informatique en Afrique. Il est incontestablement le plus avancé dans ce domaine en Afrique francophone, et parmi les 2-3 pays les plus à la pointe en Afrique. L’accès à une formation qui colle à l’évolution des exigences professionnelles est donc primordiale, ce qui rend l’école-it attractive pour les jeunes marocains.
Lorsque vous êtes sur le terrain au Maroc, quelles sont les questions ou préoccupations qui reviennent le plus souvent chez les étudiants et leurs familles ?
Les questions sont nombreuses mais peuvent être regroupées en quelques catégories.
Les questions sont d’abord d’ordre humain. Nos étudiants sortent tout juste de l’adolescence et vont quitter parents et famille pour la première fois de leur vie. Les parents veulent donc se rassurer sur l’endroit où leur enfant va arriver, dans quel environnement il sera, où il va être hébergé, etc. Notre avantage par rapport aux universités est que la taille de nos campus rend les contacts plus humains, avec une plus grande proximité et davantage d’échanges.
Viennent ensuite les questions sur le diplôme. Même si de plus en plus d’entreprises s’intéressent aux compétences, la reconnaissance du diplôme reste un élément important. Les titres RNCP étant supervisés par France Compétences, la garantie institutionnelle est garantie.
Il y a également les questions sur les débouchés, des interrogations évidentes dans un contexte économique dur et difficile. Mais dans le numérique, nous sommes plutôt privilégiés : il existe déjà aujourd’hui une insuffisance d’informaticiens pour répondre aux offres de postes à pourvoir, et cela ne va qu’augmenter. Les opportunités sont donc très nombreuses, à condition bien sûr que la formation des étudiants soit pertinente et qualitative.
Enfin, il y a les questions sur l’accès à la formation. Nous observons là un reflet du système français du siècle passé, qui privilégie la sélection à l’entrée avec les concours. Notre héritage entrepreneurial, ainsi que notre culture franco-belge, nous amènent à avoir une vision différente et nous ne sommes pas particulièrement friands des concours d’entrée. La qualité d’un candidat ne se mesure pas exclusivement à l’aune de ses résultats académiques. Nous évaluons donc les candidats de façon globale, en regardant aussi bien les notes que les expériences extrascolaires, leur motivation et leur capacité à s’adapter et à évoluer. La sélection se poursuit ensuite au sein de l’école, permettant à ceux qui travaillent de poursuivre leur cursus année après année.
Comment accompagnez-vous ces étudiants internationaux, notamment sur les sujets clés que sont l’alternance, le logement et l’insertion professionnelle en France ou en Europe ?
Ces questions sont extrêmement importantes, avec une réponse spécifique à l’école-it. Nous estimons que notre rôle est plutôt d’apprendre à nos étudiants comment pêcher leur poisson, plutôt que de leur proposer un poisson déjà cuit, sans arêtes ni tête.
Concrètement, pour tous nos candidats, nous les accompagnons d’abord sur la question de l’hébergement. Nous mettons à leur disposition un guide contenant une multitude de liens vers des sites et des services proposant différentes solutions de logement. Par ailleurs, nous avons conclu des partenariats avec des entreprises qui proposent des logements, avec des réductions sur les frais administratifs pour nos étudiants. Nous relayons également des offres provenant de bailleurs proposant des chambres destinées aux étudiants.
Concernant l’alternance, nous organisons des TRE, c’est-à-dire des ateliers de techniques de recherche d’emploi au cours desquels les étudiants travaillent leur CV, apprennent où trouver des opportunités et se préparent aux entretiens. Les projets qu’ils réalisent tout au long de l’année sont choisis de manière à alimenter un portefeuille de projets, une sorte de “book” qui leur permet de mettre en valeur leurs compétences. De plus, chaque campus dispose d’au moins un responsable des relations entreprises chargé d’identifier et de rechercher des offres d’alternance.
La bonne nouvelle est qu’il n’y a pas de chômeurs parmi nos anciens étudiants. Par ailleurs, l’obtention d’un permis de travail s’avère relativement accessible.
Il est toutefois important de rappeler que l’alternance reste avant tout un contrat de travail entre un employeur et un employé, l’étudiant alternant. C’est l’étudiant qui est recruté, et non l’école. Nous ne sommes donc pas présents à ses côtés pour lui tenir la main lors de l’entretien. Il est essentiel que l’étudiant comprenne que c’est à lui de convaincre le recruteur. Il faut également rappeler que l’alternance n’est accessible aux étudiants internationaux qu’à partir de leur deuxième année de présence sur le territoire français.
Enfin, la question de l’employabilité se pose d’une manière relativement différente, notamment en raison de la pénurie d’informaticiens. Tout d’abord, la formation est conçue pour répondre directement aux attentes des entreprises. Ensuite, toutes les initiatives mises en place pour faciliter l’accès à l’alternance contribuent également à préparer les étudiants à leur future insertion professionnelle.
La bonne nouvelle est qu’il n’y a pas de chômeurs parmi nos anciens étudiants. Par ailleurs, l’obtention d’un permis de travail s’avère relativement accessible.
Face à des écoles du numérique ou d’ingénieurs installées depuis longtemps, quel est aujourd’hui votre principal facteur de différenciation ?
Soyons humbles : nous avons des collègues qui font du bon travail, que ce soit grâce à un programme bien conçu, une approche pédagogique active, des liens solides avec les entreprises, une vie estudiantine dynamique ou encore la force de leur réseau d’alumni. Il n’est donc pas possible de se différencier de manière uniforme par rapport à l’ensemble des critères et toutes les écoles.
Cependant, nous estimons avoir plusieurs éléments qui nous caractérisent. D’abord, une démarche entrepreneuriale qui nous conduit à nous remettre en question en permanence, à améliorer continuellement nos pratiques, à écouter les entreprises et à faire évoluer régulièrement les matières enseignées.
Ensuite, l’ouverture. Nous avons très certainement un caractère international plus marqué que chez nos collègues.
Enfin, nous proposons des spécialisations qui correspondent parfaitement aux besoins du marché du travail. L’intelligence artificielle, la data et la cybersécurité sont incontestablement des domaines d’avenir.
À horizon cinq ans, à quoi doit ressembler l’École IT : taille, implantations, nouvelles filières, ambitions internationales ?
Sans dévoiler de grands secrets, nous pouvons partager certaines ambitions, car nous sommes déterminés à poursuivre notre croissance.
À court terme, plusieurs projets sont déjà clairement identifiés. L’ouverture d’un ou deux campus supplémentaires en France fait partie de nos priorités, avec un premier campus qui pourrait voir le jour dès l’année académique 2027-2028. Nous travaillons également sur l’évolution de notre diplôme vers un ou deux nouveaux titres RNCP.
Parallèlement, nous réfléchissons à d’autres axes de croissance. Nous envisageons notamment une ou deux implantations en Afrique, sous une forme qui reste encore à déterminer : il pourrait s’agir d’une école propre intégrée ou d’un partenariat local, avec soit un premier cycle préparatoire seulement, soit une formation complète etc…
Nous étudions également l’élargissement de notre offre de formation. Cela pourrait passer par la création de nouvelles spécialisations dans des sous-domaines de l’IT particulièrement recherchés, par le développement de spécialisations complémentaires post masters, et éventuellement par une extension vers de nouveaux domaines.
Mais pour les détails précis, il faudra attendre ….. 😊




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