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2026 : Ce que veulent les étudiants marocains

  • La rédaction
  • 5 janv.
  • 9 min de lecture

2026 marque un tournant pour la jeunesse étudiante marocaine. Entre l’irruption de l’intelligence artificielle dans les cursus, la montée des exigences académiques, les enjeux de santé mentale, la lutte contre le harcèlement, l’engagement associatif et la pression de l’insertion professionnelle, les étudiants avancent dans un monde en pleine recomposition. Loin des discours institutionnels, Campus Mag a choisi de leur donner directement la parole. Dix étudiants marocains, issus de grandes écoles et d’universités au Maroc et en France, racontent ce qu’ils attendent vraiment de l’enseignement supérieur, ce qu’ils refusent désormais de subir, et comment ils imaginent leur avenir à l’aube de cette année charnière. 




  1. Repenser l’enseignement à l’ère de l’IA


Imad Assouabi, École Centrale Casablanca


À l’horizon 2026, j’espère avant tout une évolution profonde des méthodes d’apprentissage. L’entrée dans une ère dominée par l’intelligence artificielle rend indispensable un enseignement davantage centré sur la réflexion, la résolution de problèmes complexes et la capacité à mobiliser les savoirs dans des contextes variés. Le modèle classique cours magistraux–TD a montré son utilité, mais il gagnerait aujourd’hui à être repensé pour offrir plus d’autonomie et de responsabilité aux étudiants, notamment à travers des modes d’évaluation valorisant l’analyse et la prise de décision plutôt que la simple restitution.


J’aspire également à une plus grande liberté dans les parcours académiques, grâce au développement des cours électifs. Cette flexibilité, déjà présente à Centrale Casablanca, permet aux étudiants de construire des profils en adéquation avec leurs aspirations et les besoins du marché. Enfin, je crois fortement au rôle des engagements associatifs concrets. En tant que président du Forum École Centrale Casablanca Entreprises, j’ai pu constater que la confiance accordée aux étudiants et les responsabilités réelles constituent un puissant levier de développement du leadership, de la rigueur et du sens de l’impact.


  1. Réinventer la réussite étudiante sans l’épuisement


Bahaa Ziad, École nationale des Ponts et chaussées


Pour 2026, mon attente principale, c’est que la réussite étudiante ne soit plus associée à une forme d’épuisement normal. Dans les parcours exigeants, le rythme est souvent très dense : cours, projets, évaluations, délais courts, stages, et parfois la pression des candidatures. À force, on s’habitue à fonctionner en mode urgence permanente, et on finit par considérer comme normal d’être constamment sous tension, alors que ça fragilise la concentration, la motivation, le sommeil, et au final la performance elle-même.

 

Ce qui ferait une vraie différence, selon moi, c’est d’avoir des solutions simples et réellement utilisables quand ça ne va pas : un accès rapide à un accompagnement, des démarches claires, et surtout un climat où demander de l’aide n’est pas vécu comme un aveu d’échec. Il y a aussi un enjeu de prévention : avoir des repères concrets pour reconnaître les signaux d’alerte (fatigue chronique, perte d’envie, isolement, anxiété) et agir avant que ça devienne trop lourd.

 

Et au quotidien, ce qui pèse le plus n’est pas forcément la difficulté, mais l’accumulation et le manque de visibilité. Quand plusieurs rendus importants se superposent, ou quand les attentes ne sont pas totalement claires, le stress monte très vite. À l’inverse, quand le rythme est plus lisible, même si c’est exigeant, on s’organise mieux, on apprend mieux, et on tient sur la durée. En 2026, j’aimerais qu’on valorise davantage cette idée de performance durable : être ambitieux, oui, mais sans s’abîmer.


  1. Faire de l’alternance un pilier de la formation


Salma Nassim, ESEPAC


Pour 2026, je souhaite que les études deviennent plus concrètes et que l’alternance s’impose comme une évidence, tout en voyant le monde professionnel reconnaître davantage les soft skills. Les programmes scolaires et universitaires gagneraient à privilégier des compétences transversales utiles dans la vie quotidienne et professionnelle : esprit critique, communication, gestion de projet, intelligence émotionnelle et résolution de problèmes, plutôt qu’une spécialisation trop précoce.


J’aimerais également un changement de regard sur l’erreur, considérée non plus comme un échec mais comme une étape essentielle de l’apprentissage. Tester, ajuster et recommencer permet de former des profils autonomes et confiants. Par ailleurs, permettre à chaque étudiant, dès la première année, d’accéder à des stages ou à l’alternance favoriserait une immersion rapide dans le monde professionnel. Enfin, pour 2026, je souhaite un environnement de travail qui valorise l’équilibre vie personnelle–vie professionnelle, la reconnaissance de la performance et une approche plus humaine du management.


  1. Encourager la mobilité comme levier d’excellence


Haitam Bhiri, ENCG Settat & ESC Clermont


Pour 2026, je pense que la mobilité étudiante doit être considérée comme un élément structurant des parcours de formation. Passer de l’ENCG Settat à l’ESC Clermont m’a montré à quel point ces expériences vont bien au-delà d’un simple changement d’établissement : elles permettent de découvrir d’autres approches pédagogiques, d’élargir sa vision et de mieux se préparer à évoluer dans un environnement international.


Dans un monde de plus en plus connecté, la mobilité est une clé essentielle de l’internationalisation des profils. Elle doit être davantage développée et encouragée par les écoles et les universités, à travers des partenariats solides, des passerelles claires et des dispositifs accessibles. Doubles diplômes, échanges académiques et programmes conjoints sont autant d’opportunités qui contribuent à structurer les parcours et à renforcer l’employabilité des étudiants. Pour les années à venir, faciliter la mobilité (sur le plan académique, administratif et financier) me semble indispensable. C’est en multipliant ces expériences que les étudiants pourront construire des trajectoires cohérentes, ouvertes sur le monde, et s’inscrire pleinement dans une dynamique internationale.


  1. Transformer les campus en hubs d’innovation entrepreneuriale


Youness Abboubi, Ecole Mohammadia d’Ingénieurs (EMI)


Pour 2026, je souhaite que l’entrepreneuriat étudiant au Maroc change véritablement d’échelle et devienne un levier systémique de création de valeur. Aujourd’hui, si le mindset entrepreneurial est bien présent, les structures d’accompagnement restent limitées. Mon vœu est que les universités se transforment en véritables hubs d’innovation, où théorie et pratique se rencontrent, où les étudiants peuvent tester leurs idées, échouer et recommencer dans un cadre sécurisé.


Il est essentiel de créer une hybridation entre académique et monde professionnel : programmes co-construits avec le secteur privé, interventions régulières de professionnels, Business Cases concrets remplaçant les exercices abstraits, et intégration des soft skills dans l’évaluation. Le diplôme ne doit plus être une simple attestation de connaissances, mais une véritable garantie d’employabilité et de savoir-agir immédiat. Les établissements d’études supérieures doivent devenir un pont solide vers l’emploi et l’entrepreneuriat, où chaque étudiant peut transformer ses idées en projets concrets et contribuer à l’innovation dans le pays.


  1. Développer les synergies inter-écoles par l’engagement associatif


Yasmine Sehaki, ESCA Ecole de Management 


Pour 2026, la vie associative étudiante doit continuer à s’imposer comme un pilier structurant de la formation. Elle offre aux étudiants un espace unique pour développer des compétences transversales (travail en équipe, leadership, gestion de projet) tout en donnant une dimension concrète aux apprentissages académiques. Lorsqu’elle est valorisée et encadrée par les établissements, elle devient un véritable levier d’innovation et de professionnalisation.


Les initiatives inter-écoles illustrent parfaitement cette dynamique. À l’ESCA, le Bureau de la Vie Associative encourage les étudiants à transformer leurs idées en projets concrets. Des collaborations avec des structures comme ENACTUS ENCG Settat, à travers des événements ou challenges communs, permettent de créer des passerelles durables entre établissements, de croiser les compétences et de stimuler l’intelligence collective. À l’horizon 2026, l’enjeu est de renforcer ces synergies pour que la vie associative soit pleinement reconnue comme un espace d’expérimentation et de coopération, aussi formatrice humainement que professionnalisante.


  1. Aligner le diplôme universitaire avec les exigences du marché


Tarik El Othmany, ENSIAS


Devenir lauréat de l’ENSIAS permet de prendre rapidement conscience que le diplôme universitaire doit avant tout être un outil d’employabilité, en phase avec les réalités du marché du travail. Aujourd’hui, le diplôme n’est plus une finalité en soi, mais un socle qui doit préparer efficacement à un apprentissage continu. Le monde de l’ingénierie évolue à un rythme soutenu et, à l’horizon 2026, les attentes des entreprises envers les jeunes ingénieurs seront encore plus élevées. Des domaines comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud computing ou la data exigent des formations constamment actualisées et orientées vers des compétences concrètes et opérationnelles.


Un diplôme pertinent est aussi celui qui intègre les enjeux actuels du monde professionnel, notamment l’éthique et l’impact sociétal des technologies. Les ingénieurs sont désormais appelés à concevoir des solutions responsables, respectueuses de la protection des données et de la sécurité des systèmes. Il est donc essentiel que les cursus universitaires préparent les étudiants à prendre des décisions techniques éclairées, en tenant compte de leurs conséquences réelles sur la société. Enfin, l’adéquation entre formation universitaire et marché de l’emploi passe également par le développement des compétences transversales. Dans un contexte de concurrence internationale, les entreprises recherchent des profils capables de communiquer efficacement, de travailler en équipe, de faire preuve de créativité et d’initiative. 


  1. Garantir la sécurité des étudiantes sur les campus 


Roeya, Faculté de médecine de Rabat  

 

Pour une étudiante, la sécurité sur le campus n’est pas un détail : c’est une condition indispensable pour étudier, s’épanouir et participer pleinement à la vie universitaire. Se rendre en cours, rester tard à la bibliothèque ou se déplacer dans les espaces communs ne devrait jamais être source d’inquiétude. Pourtant, trop souvent, de nombreuses étudiantes se retrouvent confrontées à des remarques sexistes, des regards insistants, voire à des situations de harcèlement banalisées. Ces comportements, souvent minimisés ou ignorés, créent un climat de peur et d’insécurité qui pèse lourdement sur la concentration et le bien-être des étudiantes.


Le problème ne se limite pas à la répétition de ces actes : il réside également dans le manque de clarté des dispositifs et des procédures de signalement. Beaucoup de victimes ignorent vers qui se tourner ou craignent de ne pas être prises au sérieux. Ce flou institutionnel renforce le sentiment d’isolement et peut décourager toute démarche de signalement. Il est urgent de mettre en place une politique de tolérance zéro, basée sur plusieurs piliers : des cellules d’écoute visibles et accessibles, des procédures claires et efficaces, et des sanctions concrètes et appliquées. Les campagnes de sensibilisation doivent aussi être renforcées pour que toute la communauté universitaire comprenne que le harcèlement n’a pas sa place et que demander de l’aide n’est jamais un aveu de faiblesse.


Un campus sûr, c’est un campus où chaque étudiante peut travailler sereinement, développer ses compétences et s’investir pleinement dans ses projets académiques et personnels, sans compromis ni crainte. En partageant ces expériences et en prenant la parole collectivement, via des mouvements comme #MetooUniv, les étudiantes peuvent faire entendre leur voix, dénoncer les comportements inacceptables et pousser les établissements à agir concrètement. Pour que l’université devienne un espace d’apprentissage, d’innovation et d’épanouissement pour toutes et tous, la sécurité des étudiantes doit être considérée comme une priorité absolue. Lutter contre le harcèlement sur le campus n’est pas seulement une question de respect : c’est un investissement dans la réussite, la confiance et le bien-être des étudiantes, ainsi que dans la qualité même de l’enseignement supérieur.


  1. Renforcer les infrastructures universitaires


Asmaa Boubakri, Université Cadi Ayyad

 

Étudier dans une université publique au Maroc représente pour beaucoup d’entre nous une véritable opportunité d’accès au savoir et à l’enseignement supérieur. Cependant, cette chance s’accompagne d’un défi quotidien lié aux conditions matérielles souvent insuffisantes. Le manque d’équipements se fait fortement ressentir : amphithéâtres surchargés, salles de travaux pratiques limitées, matériel pédagogique obsolète, bibliothèques peu fournies et accès au Wi-Fi instable, voire inexistant. Ces contraintes compliquent le travail académique et freinent l’épanouissement intellectuel des étudiants.


Ces difficultés ne reflètent en rien notre motivation, notre sérieux ni notre potentiel. Les étudiants des universités publiques marocaines font preuve d’une grande résilience et d’une forte volonté de réussir, malgré un environnement qui ne favorise pas toujours la concentration, la recherche ou l’innovation. Comment espérer élever le niveau des études, encourager l’excellence et stimuler la créativité lorsque les conditions de base ne sont pas réunies pour étudier dans de bonnes conditions ?


Des universités mieux équipées offriraient un cadre plus digne et plus propice à l’apprentissage. La modernisation des infrastructures, le renforcement des ressources numériques, l’amélioration des bibliothèques et la mise à disposition d’espaces de travail adaptés permettraient aux étudiants de développer pleinement leurs compétences. Un tel environnement favoriserait non seulement la réussite académique, mais aussi l’esprit critique, la recherche scientifique et l’innovation. Investir dans les universités publiques n’est donc pas un luxe, mais une nécessité stratégique. C’est un investissement dans le capital humain du pays, dans l’égalité des chances et dans l’avenir du Maroc. Offrir aux étudiants des conditions d’apprentissage à la hauteur de leurs ambitions, c’est leur permettre de construire leur avenir avec confiance et de contribuer activement au développement économique, social et technologique de la nation.


  1. Investir plus dans les bourses pour garantir l’égalité des chances


Taha Akbabou, Université Hassan II 


Pour 2026, je souhaite que les bourses soient plus élevées et accessibles à tous, afin que l’éducation devienne un droit réel et non un privilège. Investir dans les bourses, c’est investir dans le potentiel des jeunes et dans un avenir où le talent ne sera pas freiné par le manque de ressources. En tant qu’étudiant, je constate chaque jour combien il est difficile de poursuivre ses études sereinement lorsque les bourses ne couvrent pas les besoins essentiels. Logement, transport, nourriture… beaucoup d’entre nous doivent travailler de longues heures en parallèle, au détriment des cours et de la santé. J’ai vu des camarades motivés abandonner leurs études faute de moyens, alors qu’ils avaient du potentiel. Une bourse devrait être un soutien concret, permettant à chaque étudiant de se concentrer sur son apprentissage sans craindre la faim ou l’expulsion pour loyers impayés.


Investir dans les bourses, c’est investir dans le potentiel des jeunes, dans la réussite académique et dans un avenir où l’éducation ne sera plus freinée par des contraintes économiques injustes. Pour que chaque étudiant ait les mêmes chances, il est urgent de repenser et de renforcer le système de soutien financier, afin que l’ambition et le talent ne soient jamais limités par le manque de ressources.

 
 
 

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