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Pour une école pacifique… et pacifiée

Depuis quelques années, un nouveau phénomène a surgi dans les écoles du monde entier. Ce phénomène, c’est le harcèlement scolaire entre pairs. Au Maroc, sur l’année 2015 seule, le centre des droits des gens (CDG) a recensé 1.131 cas d’enfants victimes de violence au niveau national dont une grande proportion de harcèlement entre pairs. Le phénomène, galopant dans les écoles du royaume, est encore trop peu connu.




En 1993, le professeur en psychologie norvégien Dan Olweus en donne une définition qui a, depuis, fait date : « Un élève est victime de harcèlement lorsqu’il est soumis de façon répétée et à long terme à des comportements agressifs visant à lui porter préjudice, le blesser ou le mettre en difficulté de la part d’un ou plusieurs élèves. Il s’agit d’une situation intentionnellement agressive, induisant une relation d’asservissement psychologique, qui se répète régulièrement ».

Au Maroc, les violences à l’école, qu’elles soient morales, physiques ou sexuelles, sont bien plus présentes que l’on ne pourrait le croire. En effet, selon le ministère de l’éducation nationale, les centres régionaux de lutte contre la violence dans les milieux scolaires ont enregistré 24 600 cas entre septembre 2013 et juillet 2014. Une grande majorité de ces concerne les violences entre les élèves.

Comprendre le harcèlement pour mieux le prévenir

Devant cette montée de violence dans les écoles, surtout entre pairs, le ministère de l’éducation a lancé la plateforme Marsad, destinée aux directeurs et aux responsables des cellules d’écoute et de médiation dans les établissements scolaires mais aussi aux coordonnateurs des centres régionaux de lutte contre la violence dans le milieu scolaire. Cette plateforme a pour objectif d’enregistrer tous les cas de violence observés dans les établissements.

L’action, si elle est louable, doit être accompagnée de campagnes de sensibilisation à destination les élèves, de leurs enseignants et de leurs parents. Surtout, elle doit ouvrir le champ à l’application, une fois la violence constatée, de protocoles validés en cas de situation de harcèlement dans les établissements scolaires. D’où l’intérêt de se pencher sur la question pour mieux détecter les signes du harcèlement et ce, à différents âges.

Plus l’enfant est jeune, plus il a du mal à repérer les phénomènes de harcèlement de la part de ses pairs car les relations qu’il entretient avec eux sont instables. Souvent, ce sont les parents qui peuvent voir les premiers signes de l’intimidation qui se traduisent par un changement brusque du comportement.

Chez les enfants plus âgés (fin du primaire, début du collège), une tristesse sans raison apparente, des propos témoignant d’une dévalorisation de soi : « je suis nul, je ne vaux rien », des affaires scolaires dégradées par d’autres élèves doivent mettre la puce à l’oreille.


Un enfant ouvert et tolérant est un enfant moins violent et un enfant plus studieux !


A long terme, le harcèlement peut mener au repli sur soi avec une baisse de l’estime de soi et une tristesse apparente qui peut aboutir à l’installation d’un syndrome anxio-dépressif et donc, potentiellement, d’idées suicidaires. Un refus d’aller à l’école peut s’installer qui peut compromettre la scolarité de l’élève. Afin d’éviter ces conséquences, il faut agir de façon en inculquant précocement aux enfants les valeurs de partage, d’entraide, de collaboration entre pairs. Il faut également leur apprend à accepter la diversité et toute forme de différence au sein d’un groupe.

Dans cette démarche préventive, l’enseignant a bien sûr un rôle prépondérant. Il se doit de respecter ces trois principes fondamentaux : ne pas faire preuve de violence, venir en aide aux élèves agressés et faire participer les élèves qui sont isolés.

Une étude de grande ampleur menée par trois universités finlandaises a conclu que l’attitude empathique et chaleureuse de l’enseignant apprend à l’enfant à se mettre à la place de l’autre et à le respecter. Elle lui apprend également à ne pas intimider ses camarades et accroît, de plus, la motivation et les compétences de l’élève, aussi bien en lecture, en écriture qu’en arithmétique.


À propos de l'auteur


Rim Roudies est psychiatre de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte. Titulaire d’un diplôme de médecine de l’université Mohammed V (Rabat) et de l’université Pierre et Marie Curie (Paris), elle a notamment travaillé au sein de l’unité pédopsychiatrique de l’hôpital Arrazi.

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